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Politique. Conseillère départementale centriste, Marine Caron ne participera pas au sondage commandité par la droite et le centre pour désigner la tête de liste aux Municipales 2020 à Rouen. Elle explique son choix.

 

La droite et le centre ont acté le principe d’un sondage de notoriété pour départager les candidats à l’investiture pour les municipales à Rouen. Pour vous, ce n’est plus aujourd’hui la bonne méthode ?

Marine Caron : « Cette décision n’a pas été facile à prendre. J’ai longuement hésité. Aujourd’hui, je n’ai pas signé la charte pour participer à ce sondage. C’est une décision réfléchie et définitive. »
 
Vous préférez partir seule à la conquête de Rouen ou en obtenant le soutien d’un autre parti comme LREM ?
 
« Je ne quitte pas ma famille politique, j’avance différemment. Je n’oublie pas d’où je viens. Je ne renie pas mes origines. Je ne tourne le dos à personne. Mes valeurs restent profondément centristes. Mais à ce jour, je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. En tout cas, je n’ai pas l’intention de prendre ma carte dans un autre parti. »
 
Il est facile d’imaginer que Catherine Morin-Desailly et Hervé Morin, vos mentors, n’ont pas apprécié votre décision ?
 
« J’en ai longuement parlé avec eux. On a une étape importante qui nous attend à Rouen et on ne partage tout simplement pas la même vision. »
 
Vous n’êtes pas tentée de rejoindre LREM comme votre collègue centriste Robert Picard ?
 
« J’ai effectivement indiqué que je voterai pour la liste Renaissance aux européennes, car ce projet correspond à ma vision de l’Europe de demain. Les municipales, c’est un autre scrutin. C’est avant tout le rassemblement de sensibilités politiques, de personnalités citoyennes venant d’horizons différents. Beaucoup de gens qui ne sont pas encartés s’intéressent aujourd’hui à Rouen. Je reste à l’écoute de toutes ces personnes-là. Pour 2020, il faut être capable de réunir toutes les énergies et les forces rouennaises pour porter un projet de rassemblement. Et ce sondage décidé par LR et Les Centristes ne le permet pas, car il est partisan. Il est lié à deux formations politiques. Les municipales ont toujours été guidées par des logiques de partis, pourquoi ne pas décider d’agir autrement ? Les Rouennais veulent justement autre chose. Il faut prendre le temps de les écouter pour comprendre ce dont ils ont réellement envie. L’équation partisane, ils n’en veulent plus. Ils attendent un projet de territoire. »
 

« Je continue à tendre la main » 

 
En sortant de ce sondage, est-ce que vous tendez la main à une personnalité transpartisane comme Jean-Louis Louvel (1) ?
 
« Je continue à tendre la main comme je l’ai toujours fait. Il faut créer une rupture avec l’héritage du Parti socialiste à Rouen. Quant à Jean-Louis Louvel, c’est quelqu’un qui a une énergie motrice pour le territoire. Si je reprends son slogan préféré ‘Ensemble, plus vite, plus loin’, la bonne personne : c’est avant tout le collectif. Mais le sujet aujourd’hui n’est pas de savoir qui je vais soutenir, ni même si je serais candidate. »
 
Vous pensez qu’une personne est capable de réussir la synthèse de toutes les forces qui ne sont pas de gauche ?
 
« Si on n’a pas le courage d’oser le faire et si on ne prend pas le risque, on ne pourra pas savoir si c’était justement possible. Peut-être que je me trompe, peut-être que c’est une erreur, mais la vie est faite de risques pour savoir défendre ses convictions. »
Pascal Martin quittera la présidence du Département de la Seine-Maritime dans quelques semaines pour rejoindre le Sénat. Son successeur reste à désigner...
« Je ne suis pas candidate à ce poste car je privilégie mon engagement local et mon investissement sur le terrain. Ma priorité aujourd’hui, c’est Rouen. »

(1) Président-fondateur de PGS Group et propriétaire de Paris-Normandie.

Retrouvez l'article sur le site internet de Paris Normandie ici.

« L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble ; elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait » ». À l’aune du 69e anniversaire de cette déclaration symbolique et fondatrice de l’unification européenne, les mots de Robert Schuman résonnent encore sur notre continent.

S’il fallait, aujourd’hui, résumer ce que l’Europe nous a apporté en quelques dizaines d’années, la réponse serait d’abord et avant tout celle de la paix. Une stabilité parfois jugée relative qu’il convient chaque jour de préserver, mais qui ne suffit désormais plus à croire en un avenir commun. Les « États-Unis d’Europe », dont rêvait Victor Hugo, sont désormais lointains, victimes depuis trop longtemps de mépris et de sarcasmes.

Tel est le défi auquel nous sommes confrontés : trouver les réponses à tous ces maux qui provoquent notre propre inertie tout en faisant le jeu des populismes. Là est notre responsabilité.

 

Pour une Europe de la proximité

Candidate aux élections européennes de 2014 sur la liste UDI-Modem aux côtés de Dominique Riquet, je sais combien le combat pour l’Europe est difficile. Il faut avant tout motiver nos concitoyens à se rendre aux urnes, et pour cela faire preuve de pédagogie pour les intéresser au rôle de l’Europe dans nos vies et les convaincre de son utilité.

Car oui l’Union européenne est présente sur notre territoire pour améliorer notre quotidien. C’est le cas au sein de notre département de la Seine-Maritime, y compris au cœur de la ville de Rouen. L’Europe soutient, par exemple, le réaménagement du pôle d’échanges de la gare de Rouen Rive droite (1,8 million d’euros). Elle agit aux côtés de l’université de Rouen en faveur du développement d’outils d’innovations thérapeutiques pour une médecine personnalisée (1,3 million d’euros) mais également auprès des jeunes par l’aide à la formation et à l’accès à l’emploi pour plus 12 millions d’euros dans l’Eure et la Seine-Maritime.

L’Europe est donc bel et bien présente. Grâce aux collectivités territoriales et aux élus locaux, l’Europe s’engage et investit chez nous, pour notre avenir. En Normandie, c’est plus d’un milliard d’euros de fonds européens qui est versé entre 2014-2020 au profit de notre Région. Il nous faut le faire savoir.

Ce devoir de transparence, c’est justement ce que s’emploie à faire le Mouvement européen, partout en France et notamment ici en Seine-Maritime, en sensibilisant chacun à l’enjeu européen et à ses réalisations concrètes. Parce que là aussi est notre responsabilité.

 

Pour une Europe de liberté et de progrès

Alors oui, nous avons besoin de l’Europe face aux secousses de la mondialisation et de la concurrence entre les continents, mais aussi pour nous affirmer dans le monde face aux grands défis contemporains : migratoires, climatiques, numériques...

Car oui, l’Union européenne doit pouvoir nous défendre et nous protéger. Oui, elle doit être notre bouclier social. Oui, elle doit être à l’avant-garde des politiques environnementales. Oui, il nous faut poursuivre la construction européenne. Oui, il nous faut faire renaître une Europe souveraine, unie et démocratique. Là est toujours notre responsabilité.

 

Pour une Europe renouvelée

Alors, tentons d’être constructifs. Communiquons. Fixons-nous un nouvel idéal. Donnons à l’Europe un nouvel élan. Cessons de proclamer des discours creux et d’offrir toujours plus de belles paroles. Permettons à l’Union européenne de bénéficier du renouvellement qu’elle mérite. Assurons-lui une reconnaissance à la hauteur de ce qu’elle représente : l’avenir de tous.

Osons enfin aller plus loin : en simplifiant les procédures décisionnelles, en rationalisant son coût de fonctionnement, en réformant le droit européen de la concurrence pour sauver notre industrie, en démocratisant l’expérience Erasmus auprès de tous les étudiants et apprentis européens, en consolidant une véritable politique environnementale faite d’objectifs réalistes et précis.

L’Europe n’a jamais eu un aussi grand potentiel. Ne l’abandonnons pas aux mains de ceux qui souhaitent la détruire plutôt que la bâtir. Là est plus que jamais notre responsabilité.

 

Pour une Europe de l’avenir

Aujourd’hui, je choisis l’Europe. Parce que je suis d’une génération qui est née européenne, je ne peux renoncer à mener ce combat. Un combat en faveur d’une liste pro-européenne pour une Europe fédérale, parce que l’Europe est mon passé, mon présent mais aussi mon avenir.

Historiquement, l’Europe a toujours su faire face aux péripéties. Comme l’a affirmé le président de la République dans son discours de la Sorbonne : « Elle est notre histoire, notre identité, notre horizon, ce qui nous protège et ce qui nous donne un avenir ». L’Europe est notre force partagée, parce qu’il existe une histoire, une citoyenneté, une culture européenne, une fraternité au-delà des frontières.

Tout cela, gardons-le en mémoire. Protégeons-le.

Ne laissons pas à d’autres choisir le destin de l’Europe. Assumons nos responsabilités. Votons le 26 mai ! »

TRIBUNE. "Je choisis l'Europe" (Paris Normandie, 9 mai 2019)

Retrouvez la tribune sur le site Paris-Normandie: https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/tribune-marie-caron--je-choisis-l-europe-CB15059975

INTERVENTION LORS DU DÉBAT DE POLITIQUE DÉPARTEMENTALE


Monsieur le Président, mes chers collègues,

A quelques semaines des élections européennes, la question qui nous taraude tous reste toujours la même : le taux d’abstention battra-t-il un nouveau record ? A quel point les citoyens français et européens manifesteront-ils leur désintérêt pour la chose publique ?

En France, 70% des personnes considèrent que les « politiques » ne se préoccupent pas de leur opinion. Pire, 8 Français sur 10 trouvent que la démocratie ne fonctionne plus. Et près de 40% ne sont pas allés voter aux dernières élections municipales, un triste record pour notre 5ème République. Mais surtout, nous constatons un effritement générationnel de la confiance démocratique chez les 18-24 ans.

Dans l’ensemble, la contestation à l’égard du Gouvernement et de sa politique perdure, comme en témoignent les manifestations des gilets jaunes, quand elles ne sont pas dénaturées par les casseurs.

Finalement, c’est clairement une perte de confiance qui s’observe en Europe à travers des comportements différents : Brexit, gilets jaunes, vote massif en faveur des populistes…

Dans notre pays, la réalité est simple : si la France est encore à l’abri de certaines dérives, elle est indéniablement fragilisée. La violence, verbale comme physique, s’y installe. Le désintérêt des Français pour la chose publique est grandissant. L’élection présidentielle avait permis d’espérer un regain d’optimisme sur le long terme. Aujourd’hui pourtant, force est de constater que l’incompréhension et le discrédit ont pris le dessus. Et les élus que nous sommes, sont en plein cœur de cette tourmente.

Il faut dire que nos habitudes ont changé, bien plus vite que notre façon de gouverner, d’administrer et d’inclure le citoyen au cœur des politiques publiques.

L’information est aujourd’hui devenue un produit de consommation de masse, où la quantité a rapidement pris le pas sur la qualité et où l’amplification médiatique instaure un climat de tension. La facilité d’accès à un certain nombre de données, à n’importe quelle heure et à n’importe quel endroit de la planète a généré une massification de l’opinion publique et une perte de réflexion personnelle. Une « défaite de la pensée », dirait certain (Finkielkraut), entretenant un décalage entre la réalité de la situation de notre pays et l’intelligibilité des mesures qui s’imposent en conséquence.

Cet écart grandissant génère un gouffre que nous constatons tous. Une fracture qui se creuse chaque jour un peu plus entre les gouvernements qui se succèdent et les citoyens.
Avec les scandales politiques des derniers mois voire années, et une réforme territoriale complexe, les citoyens sont de plus en plus perdus mais aussi méfiants. Un épais brouillard qui accélère le processus de défiance généralisé. Oui généralisé, car trop souvent les amalgames se font et tous les responsables politiques sont mis dans un même panier, nationaux comme locaux, alors que nous savons pourtant qu’une différence existe.

Et cette fracture, nous pouvons, nous élus locaux, tenter de la résorber par notre action quotidienne de proximité.

Car nous le savons ici, et je pense que l’ensemble des élus que nous sommes en est persuadé, la reconquête de l’opinion et la valorisation de l’action publique, quelle qu’elle soit, et au-delà des étiquettes et des esprits partisans, passeront par les élus territoriaux, les élus de proximité.

C’est de la base, à proximité de la vie quotidienne, de ses difficultés, de ses souffrances mais aussi de ce qui fonctionne, que les solutions émergeront.

Alors certains me diront que c’est en ça le but du Grand Débat National. Je leur répondrai, en bonne normande que je suis, qu’à la fois oui et non. Oui car en effet, ce dispositif de grande envergure a permis de donner la parole et d’écouter, de récolter de nombreux témoignages et propositions, à travers une démarche novatrice par sa dimension. Mais reste à savoir ce qui sera fait de l’ensemble de ces contributions. A ce stade, et comme un grand nombre de nos concitoyens, je reste sur mes gardes bien que curieuse et impatiente de découvrir le résultat final d’une sollicitation qui pourrait, je le pense, redorer le blason d’une classe politique affaiblie, dont nous faisons partie.

S’il y avait bien une chose principale à en retirer, c’est celle du dialogue !

Car c’est bien le dialogue et le contact direct qui permettront de rapprocher les citoyens de leurs élus et de l’action entreprise en faveur du territoire.

Ne serait-ce que la revendication du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) ces derniers mois, témoigne d’un sentiment de rupture du dialogue, de l’écoute et du respect de la parole, qu’il nous revient de retrouver sans plus tarder.

Par ailleurs, vous ne pourrez me contredire sur ce point : l’action publique est plus claire, plus en lien avec les réalités quand elle est menée par des responsables politiques proches, et donc élus sur des territoires proches. En cela, le contenu des dernières réformes territoriales peut prêter à discussion et le souhait d’une simplification à mener au sein du millefeuille administratif ne peut qu’être réitéré.
En effet, entre fusions, absorptions, redécoupages… La lisibilité est devenue chose complexe, et les citoyens peu impliqués dans ces démarches d’évolution ont perdu leurs repères.
Par ailleurs, si aujourd’hui la dynamique est à la simplification par l’agrandissement, il convient de ne pas rompre l’attachement au territoire, tout en évitant de tout faire reposer sur les épaules des maires de nos communes, dont certains n’hésitent plus à jeter l’éponge. Depuis 2014, près de 1000 maires ont abandonné leurs fonctions, symptome d’un mal-être.
Ainsi, à la crise de confiance des citoyens s‘ajoute la crise de vocation des élus. Un mal à double sens.
Enfin, pour répondre à cette double crise et maintenir la présence des élus locaux au plus près des préoccupations des habitants, il convient :

  • De revaloriser le rôle du maire et de l’échelon communal
  • Et de réfléchir à ce que les Départements et les Régions puissent être administrés par les mêmes élus, la figure du conseiller territorial, évoqué un temps, mériterait en ce sens d’être remis au cœur des débats. Mais je touche là certainement un point sensible.

Enfin, c’est surtout par la pédagogie que l’action publique sera rendue intelligible. Car l’action publique, peu importe ce qu’elle est et par qui elle est exercée, ne peut être comprise que si elle est correctement expliquée.

A l’heure où les fake-news pullulent et où les chaînes d’information hypnotisent, il nous revient d’expliquer le cœur de notre action, à travers l’utilisation des nombreux moyens de communication qui s’offrent désormais à nous et en les exploitant à bon escient.
La bonne compréhension de l’environnement institutionnel ne pourra se faire sans un apprentissage, dès le plus jeune âge, de la nature et du fonctionnement de nos institutions – c’est en ce sens l’objectif du conseil des collégiens de notre institution.
Et à terme, cette bonne compréhension sera probablement accélérée grâce à une implication accrue du citoyen dans la réflexion aboutissant à la prise de décision. Ce chantier tant éducatif qu’institutionnel, en ce qu’il touche à la nature même de notre démocratie, est désormais ouvert. Reste à savoir s’il pourra produire ses effets dans un contexte institutionnel mouvant.

Pour résumer, la proximité des élus et la clarté de l’action publique dans un contexte plus participatif seront, je l’espère, les clés d’une confiance retrouvée.

Mais rassurons-nous tout de même un peu. Notre pays subit une nouvelle crise institutionnelle d’envergure, c’est vrai. Mais si nous prenons rapidement la mesure des enjeux et nous impliquons collectivement dans la refonte de nos pratiques, nous pourrons alors envisager un retour en grâce de notre fonction et permettre des prises de décisions mieux anticipées et donc mieux partagées.

La tâche est rude mais l’objectif est beau. Et même si parfois nous avons tendance à douter, n’oublions pas qu’impossible n’est pas français.

Je vous remercie.

INTERVENTION LORS DU DÉBAT DE POLITIQUE DÉPARTEMENTALE


Monsieur le Président, mes chers collègues,

Le 23 juin 2016, à l’occasion d’un référendum organisé par le Premier Ministre David Cameron, 51,9% des Britanniques ont choisi de quitter l’Union Européenne.
Une courte majorité préférant le « Brexit » au « Remain ».
Véritable coup de tonnerre dans le ciel européen, dans une Union trop souvent mise à mal par des poussées nationalistes et des velléités autonomistes.

Ce vote, lourd de conséquences, a déclenché l’application de l’article 50 du traité sur l’Union Européenne, qui prévoit que le Royaume-Uni et les 27 autres pays membres disposent de deux ans afin de préparer la sortie effective. Celle-ci interviendra donc officiellement le 30 mars prochain.

Nommée en juillet 2016 et reconduite en juin 2017, l’actuelle Première Ministre, Theresa May, a mené l’ensemble des discussions sur la sortie de son pays face à une équipe de négociateurs représentant l’Union.

Ce temps de la négociation a été celui de l’incertitude et de l’inquiétude pour nombre de personnes dont l’avenir pourrait être impacté à l’issue.

Après deux ans d’échanges lents et tendus, le 25 novembre dernier, les dirigeants européens se retrouvaient à Bruxelles afin d’approuver l’accord de sortie.

Cet accord, pavé de 585 pages, agrémenté de plusieurs protocoles et de nombreuses annexes, détricote de manière inédite les liens noués pendant plus de 40 ans entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni. Mais pose surtout les conditions du « divorce » et celles de des relations futures.

Ce texte prévoit une période de transition jusqu’au 31 décembre 2020, pendant laquelle les Britanniques continueront d’appliquer les règles européennes et d’en bénéficier à travers les fonds structurels.
Ils s’engagement également à continuer de verser leur contribution financière, cependant, sans siéger dans les institutions et sans participer aux décisions.

Cette transition pourrait même être prolongée une seule fois et d’un commun accord, pour une période jusqu’à un ou deux ans, soit jusqu’à la fin 2022 au maximum.

Ce temps doit permettre d’éviter une rupture brutale et de négocier les relations futures, par le biais d’accord bilatéraux ou multilatéraux qui restent encore à construire.

Bien évidemment, cette période de flou, qui a débuté depuis vote du Brexit, ne favorise pas une confiance nécessaire à la dynamique économique partenariale. Les flux se sont contractés entre le Royaume-Uni et les pays de l’Union, les acteurs sont devenus assez naturellement « frileux » en raison de l’incertitude.
Quelle entreprise de Seine-Maritime se lancerait aujourd’hui dans un accord franco-britannique à long terme sans connaître les modalités conditionnant les relations futures ?
Pourtant, les marchés partagés de chaque côté de la Manche sont nombreux, qu’ils soient agricoles à petites ou à grandes échelles, industriels comme commerciaux.
De fait, cette situation engendre un ralentissement des activités qui influence automatiquement l’économie et l’emploi d’un certain nombre de secteurs sur notre département, et plus particulièrement le bassin dieppois, directement touché.

Le traité prévoit également la création d’un territoire douanier unique, englobant l’Union Européenne et le Royaume-Uni, au sein duquel il n’y aurait aucun quota ni droits de douane pour les biens industriels et agricoles. Ces dispositions permettraient d’éviter le rétablissement d’une frontière dure, notamment entre les deux Irlandes, mais également entre le Royaume-Uni et notre territoire.
→ Ce « backstop », littéralement « filet de sécurité » en anglais est l’un des enjeux majeurs pour notre département.

En effet, même si les conditions sanitaires et les normes vétérinaires ne sont pas bien définies et doivent encore bénéficier d’un accord commun, nous ne pourrions imaginer, d’un point de vue tant logistique que financier, la mise en place de contrôles systématiques des marchandises au départ du Port de Dieppe comme du Havre, sans évoquer les possibles droits de douanes ou l’application de la TVA.

Nous ne connaissons pas non plus l’impact de ces dispositions sur le tourisme britannique sur notre territoire, et par ricochet, sur l’activité transmanche.

Autre activité concernée par ce traité et secteur fort de notre territoire : la pêche. L’accord prévoit que les pêcheurs européens garderont un accès aux eaux territoriales britanniques et que les Britanniques resteront soumis aux quotas de pêche européens pendant la période de transition. Ce qui ne règlera pas, au passage, les problèmes rencontrés dernièrement pendant la saison de la Coquille Saint Jacques où nous avons pu assister à un spectacle ahurissant, véritable bataille navale dans la Manche.
Là encore, un accord devra intervenir avant la mi-2020.

Enfin, cet accord prévoit que les citoyens européens établis au Royaume-Uni et les Britanniques établis dans un État membre de l’Union avant la fin de la période de transition pourront continuer à vivre comme avant dans leur pays de résidence. Cela concerne plus de quatre millions de citoyens, 3,2 millions d’européens et 1,2 millions de Britanniques.

Vous le voyez, même s’il reste un certain nombre de questions et certaines difficultés d’ordre économique à régler, l’accord présenté ressemble aujourd’hui plutôt à un Soft Brexit.

Cependant, tout cela reste conditionné au vote du Parlement britannique. Et nous sommes en pleine actualité, ce vote aura lieu demain devant la Chambre des Communes, après deux semaines de débats.
→ Et ce vote semble très loin d’être acquis, malgré tous les efforts de Theresa May pour convaincre les députés, y compris de son camp conservateur, de soutenir le texte.

Mais qu’adviendra-t-il de nous, britanniques et continentaux, en cas d’échec ?

Et ce risque de rejet est réel, car le référendum en faveur du Brexit en 2016 était déjà le reflet d’un clivage grandissant dans la société anglaise.
Désindustrialisation, désengagement de l’État, fuite des jeunes…Un fossé s’est creusé progressivement entre les territoires bénéficiant de l’attractivité de la mondialisation et les autres, restés à la marge avec un sentiment d’inégalités territoriales et sociales.
Ces exclus n’ont pas enfilé des gilets jaunes mais ont votés contre les élites lorsque l’occasion leur en a été donnée, et ce fût le cas avec le Brexit.

Face au vote de demain, le clivage se cristallise encore plus. Il n’est pas ici bipolaire mais comporte bien trois pôles :

  1. Une partie des dirigeants britanniques eurosceptiques se languissent aujourd’hui de ne pas retrouver la capacité de maitrise pleine et entière des activités commerciales et de contrôle de l’immigration. Ils dénoncent également l’effet paradoxal de la période de transition où le Royaume-Uni continuerait à contribuer au financement de l’Union sans pour autant maintenir son pouvoir de décision au sein des institutions. Ils prônent donc un arrêt net des négociations et une sortie rapide et brutale, donc un Hard Brexit.

  2.  Le second bloc, constitué des europhiles, soutient l’accord négocié à Bruxelles et qualifié de « meilleur accord possible » par Theresa May.

  3. Enfin, un dernier socle émerge dernièrement qui, devant le risque d’un désaccord et donc d’un Hard Brexit, souhaiterait organiser un nouveau référendum, sûrs que l’issue en serait différente. Une solution qui a sérieusement très peu de chance d’aboutir.

Quelles conséquences pour nous en cas d’un rejet du Parlement et la mise en place d’un Hard Brexit ?
Nos regards se tournent immédiatement sur la ligne Transmanche. Un certain nombre de moyens seraient à mettre en œuvre dans des délais contraints.

  • Ainsi, pour les douanes, la création d’un nouveau local pour effectuer les contrôles deviendrait indispensable, tout comme de nouveaux bureaux.
  • Un autre local serait également nécessaire pour les contrôles sanitaires et phytosanitaires.
  • Il deviendrait également obligatoire d’agrandir les parkings existants, le contrôle prévus générant des inspections poussées et donc des zones d’attentes dédiées seraient nécessaires.
  • Des moyens humains supplémentaires seraient aussi à affecter sur le port.

→ Le coût de la réalisation de ces infrastructures est estimé entre 4 et 5 millions d’euros par le Syndicat Mixte du Port de Dieppe.

Au-delà des difficultés engendrées par la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, que ce soit par le biais d’un Hard ou d’un Soft Brexit, cette situation inédite pose la question des futures relations outre-manche. Au-delà des échanges commerciaux, la question des projets construits en collaboration est posée. En effet, certain nombre d’actions bénéficient encore de fonds européens dans le cadre des programmes Interreg IV et V. Ces projets partagés sont nombreux et permettent à la fois un financement européen mais également un échange d’expérience et de pratiques très enrichissant, comme par exemple sur la valorisation du patrimoine archiviste anglo-normand, sur le développement durable des ports locaux ou encore l’adaptation aux changements côtiers. Qu’en sera-t-il demain ? Quels devenirs des projets et la question cruciale des financements associés ?

Autant de sujets qui questionnent et qui impactent notre territoire à la veille du vote du Parlement britannique.

Enfin, Monsieur le Président, mes chers collègues, je me permettrais une réflexion plus générale : à l’aube de nouvelles élections européennes, le Brexit prouve, s’il fallait encore le démontrer, que l’Union Européenne a une part de fragilité et qu’une nécessaire refondation doit intervenir afin de retrouver un développement économique, social et sociétal tant attendu. Souvent présenté à tort comme le problème parce que trop bureaucratique ou trop éloignée des préoccupations quotidiennes, elle est pourtant la solution, pour peu qu’on redéfinisse clairement son projet.

Je vous remercie.

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